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Denis Guffroy, « l’homme qui plantait des arbres. » *

Architecte de formation, il a appris à dessiner au té, à l’équerre et à main levée schémas, croquis et plans d’exécution. Désormais éloigné des échelles et des rapports de perspectives, il ne veut plus avoir le compas dans l’œil pour s’exprimer autrement avec la peinture.

Ses premières œuvres totalement abstraites se transforment petit à petit, laissant affiner son trait et son rapport à la couleur vers une sensation plus figurative mais toujours fragmentée. Son intérêt pour la perte des repères et de l’équilibre s’appuie sur son geste lancé au couteau ou à la spatule de plâtrier. Il ne fait pas pour autant main basse sur les détails et peint avec une remarquable frénésie sérielle des paysages, en s’attachant à l’idée de représenter l’herbe, le ciel et l’arbre. Ce dernier est un véritable fil conducteur dans son œuvre. Denis Guffroy est un « homme qui plante des arbres. »
« Dans la nature, l’arbre est l’élément végétal plus proche de nous. Ancré dans le sol, sa sève coule dans ses artères. Il subit les saisons et nous nourrit. Ses formes anthropomorphiques sont souvent proches des nôtres. »

Son degré d’abstraction préserve la structure apparente de l’arbre et ses reliefs en mettant l’accent sur les étendues, les pleins et les vides. L’effet produit une sensation de spatialisation et de projection en profondeur.
Le feuillage apparaît comme un paysage à part entière, un planisphère, un monde nouveau. Il est aussi décliné dans une version plus pop où les feuilles dorées se confrontent à la couleur vive et unie d’un fond éclatant. Sa palette aux nuances infinies laisse une place récurrente à la couleur verte, digne représentante de la nature.

Denis Guffroy joue des points de vue en plongée et contre-plongée et prend ses distances avec la ligne d’horizon qu’il cherche à chasser avant de l’immiscer à nouveau dans ses travaux.
« La ligne d’horizon était pour moi une angoisse terrible, reliée à la perspective, au point de fuite, à la religion… »
On croît tout reconnaître ; paysage, situation… Mais petit à petit l’inconscient se révèle en alerte et l’on débusque de nouvelles empreintes furtives. Le connu se transforme et devient autre.

Pour dérouler ses paysages en suspens, l’artiste met en mouvement sa pensée, travaille sa mémoire et revisite les étapes de sa vie en Provence, dans le Jura, sur le plateau beauceron. Cette délicate manœuvre de l’esprit lui permet de reproduire ses souvenirs ancrés et de les transformer au gré de son imaginaire.
« Lorsque l’on sollicite sa mémoire, les choses viennent. C’est un voyage intérieur qui me permet de retrouver des sensations vécues. »

Les compositions de Denis Guffroy sont des histoires naturelles qui se jouent des archétypes. Un véritable plaisir de libre exercice environnemental qui nous invite à pénétrer dans un univers parallèle empli de vitalité où les espaces s’ouvrent et se découvrent.


Canoline critiks.


* Jean Giono, L'homme qui plantait des arbres, Paris, Gallimard, coll. « Blanche », 1996, 33 p.
Conception : 1953, 1ère parution en 1980.