J'ai réalisé ces abstractions à partir de l'opposition entre des saccades et des déliés en
faisant des improvisations spontanées dont la nature est la confrontation des matières et
du contraste entre l'encre de Chine noire et les couleurs.
Alors que le noir de l'encre est plein de reflets, de profondeurs et de possibilités de
fondus, d'éclats et de griffures à la surface du papier et qu'il peut être tracé en réseaux
filamenteux complexes, en graphes, ou comme des objets parfois anthropomorphes, les
couleurs des feutres sont planes et presque sans effets et elles restent d'arrière-plan, et
colorantes.
Elles aident ainsi à déterminer la forme que vont prendre les tracés d'encre et leur
donner une raison et une direction.
Les couleurs créent en plus une tension lumineuse complémentaire aux variations
d'intensité du noir qui est instable.
Ces rapports variés entre noir et couleurs transmettent aux abstractions une dynamique
rythmique et lyrique qui évoque plein de choses en lien avec le mouvement.
Des choses qui font surgir dans l'espace des formes indéfinies ou d'inextricables
enlacement d'une nature qui nous absorbe telle une jungle dont on ne pourrait jamais
sortir et dans presque chaque abstraction on retrouve en fin de compte une idée de
paysage, comme une espèce d'obsession incoercible.